Les membres du Conseil économique, social et culturel étaient réunis ce jour en assemblée plénière pour examiner et adopter un rapport d’autosaisine intitulé « Les personnes âgées en Polynésie française ».

En leur qualité de rapporteurs, messieurs Luc TAPETA-SERVONNAT et Calixte HELME ont restitué le fruit des travaux menés en commission depuis janvier dernier. De nombreux intervenants ont étroitement collaboré aux travaux de réflexion :  Ministère de la santé, Direction des affaires sociales, Direction de la santé, CPS, ISPF, UPF, CRNS, communes de Papeete, Pirae, Arue et Faa’a, les familles d’accueil ainsi que les confessions religieuses.

Les rapporteurs (de gauche à droite) : messieurs Calixte HELME et Luc TAPETA-SERVONNAT

1 Polynésien sur 10 âgé de plus de 60 ans

Les évolutions démographiques constatées confirment le vieillissement progressif de la population en Polynésie française. L’allongement de la durée de vie et la baisse du taux de fécondité participent au phénomène de vieillissement.

En 2007, sur une population de 259 706 habitants en Polynésie française, on constate que 9% sont âgés de 60 ans et plus, soit 22 390 personnes.

L’espérance de vie moyenne à la naissance est passée de 69,6 ans en 1995 à 75,6 ans en 2010, dont 73,2 ans pour les hommes et 78,3 ans pour les femmes.

Les projections établies par l’ISPF prévoient que la Polynésie française comptera près de 320 000 habitants à l’horizon 2027. Selon les projections, un polynésien sur six aura plus de 60 ans en 2027 (17%, soit 54 877 personnes) contre environ un sur dix actuellement (9%, soit 22 390) et un sur vingt en 1988 (5%, soit 9 844).

Principales causes de mortalité : les maladies cardio-vasculaires, les cancers, les troubles respiratoires

Les maladies cardio-vasculaires constituent les premières causes de mortalité des personnes âgées en Polynésie française, suivies des cancers et des troubles respiratoires.

Sur 32 751 bénéficiaires de la longue maladie, les personnes âgées représentent 12 616 patients, soit 38% des bénéficiaires. L’hypertension artérielle et le diabète sont les deux premières pathologies observées chez les patients âgés, comme pour le reste des patients. 40% des 12 616 patients âgés souffrent de multiples pathologies.

Aucune étude sur la situation sanitaire et sociale des personnes âgées

Le CESC constate qu’aucune étude précise et approfondie n’a été menée sur la situation sanitaire et sociale des personnes âgées en Polynésie française, ainsi que sur leurs conditions de vie.

La situation sanitaire des personnes âgées ne semble pas constituer une priorité affichée par les pouvoirs publics. Pourtant, au regard des projections démographiques établies à l’horizon 2027, la population âgée devrait pratiquement doubler. On peut donc s’attendre à un accroissement important des dépenses de santé pour cette frange de la population.

La Direction de la Santé considère que la problématique des personnes âgées reste encore émergente en Polynésie française. Il y a donc relativement peu de moyens et d’actions publics spécifiques en faveur de ce public vulnérable.

Une politique d’aide dispersée et empirique

En Polynésie française, la politique de la vieillesse s’inscrit dans une volonté de renforcer le lien social et la cohésion familiale.

En plus des aides légales existantes, les services sociaux du pays et des communes ont développé une offre d’aides sociales qui ont pour vocation de soutenir les familles et les personnes âgées. Les associations sont également des acteurs présents et dynamiques, leurs initiatives participent à l’amélioration des conditions de vie des personnes âgées.

Dans un paysage contrasté qui met en jeu des acteurs d’horizons différents, où les champs d’intervention sont fluctuants, les dispositifs existants restent sporadiques et cloisonnés, les interventions ne sont pas toujours coordonnées.

La portée générale et l’efficacité de cette politique ne sont pas bien évaluées, les manques à gagner ne sont pas connus. De fait, l’adéquation entre les besoins et les moyens n’est pas appréciée au regard d’objectifs précis.

Les droits sociaux des personnes âgées

Les personnes âgées en Polynésie française ont accès à des droits sociaux. Les différents régimes octroient des pensions, des allocations et des aides qui participent au socle de moyens et à l’amélioration des conditions de vie des personnes âgées.

Le système de retraite polynésien garantit aux ressortissants des régimes de la PSG une pension au moment de leur départ à la retraite.

Depuis 1982, la Polynésie a institué le « minimum vieillesse » qui garantit un revenu minimum aux personnes âgées. Ce minimum social est alloué aux personnes âgées de 60 ans et plus remplissant les conditions requises.

Au titre des revenus du « minimum vieillesse », il faut distinguer trois types d’allocations : l’Allocation complémentaire de retraite pour les salariés (ACR), l’Allocation de solidarité aux personnes âgées (ASPA) pour les pensionnés qui n’ont pas cotisé, l’Aide aux vieux travailleurs salariés (AVTS).

Les personnes âgées vulnérables peuvent être touchées par plusieurs types de déficiences ou handicaps. La garantie d’un minimum de ressources et l’intégration sociale de l’ensemble des handicapés constituent une obligation d’intérêt général de la Polynésie française. Le CESC constate qu’il n’est pas évident de déterminer les droits et aides, cumulables ou non, pour les personnes âgées qui sont en même temps porteuses de handicap. En effet, les personnes âgées handicapées peuvent accéder aux dispositifs d’aides pour handicapés et aux aides prévues pour les personnes âgées.

Politique d’hébergement et d’accueil des personnes âgées

La politique d’hébergement et d’accueil des personnes âgées mise en œuvre par la Direction des affaires sociales vise le maintien à domicile des personnes âgées (avec le concours d’aidants familiaux), le recours aux familles d’accueil, et l’accueil en institution (Fare Matahiapo de Taravao, ex-CAPA).

La politique conduite par la CPS consiste à maintenir les personnes âgées à domicile et dans leur entourage familial. L’objectif recherché est de préserver le cadre de vie habituel et l’environnement naturel de ces personnes. Pour ce faire, la CPS a mis en place un ensemble d’aides sociales réparties en 4 grandes catégories : les frais de garde, les aides vestimentaires, les prothèses, et les interventions diverses  telles les aides alimentaires, les aides au logement, et les aides à l’équipement ménager. Elles représentent une enveloppe de 77 millions de F CFP.

Pour maintenir les personnes âgées à domicile dans des conditions favorables, des adaptations du milieu de vie sont parfois nécessaires. Le service social propose ainsi l’aide à l’amélioration des conditions de vie (AAC).

Prise en charge médicale des personnes âgées

Bien que la prise en charge médicale des personnes âgées ne constitue pas un axe prioritaire de la politique de santé, il existe néanmoins des structures publiques assurant une prise en charge médicale :

- le service long séjour de l’hôpital de Taravao accueille les personnes dépendantes et grabataires, mais n’est pas réservée aux seules personnes âgées ;

- le centre de psychiatrie du nouveau centre hospitalier de Polynésie française accessible sans condition d’âge ;

- le centre de rééducation Te Tiare accessible à tous ;

- le service de soins d’infirmiers à domicile gérée par Europe Assistance.

Intervention des communes et des associations

Les communes mènent surtout des actions de prévention et des activités de loisir en faveur des personnes âgées. Elles s’appuient sur des associations locales quand elles le peuvent.

Selon les communes, les problématiques et les besoins liés aux personnes âgées et à leur prise en charge varient d’une commune à l’autre. Des aides de différentes natures sont proposées selon les communes :

- A Papeete, il existe un centre des personnes âgées, une aide financière (bourse de 6.000F/mois), le portage de repas, une épicerie solidaire, des animations et rencontres régulières.

- La ville d’Arue organise des visites à domicile, des activités d’information et de prévention, et des rencontres (repas, activités artisanales).

Les actions de prévention des confessions religieuses

En plus des activités de loisirs et de détente, les confessions religieuses organisent, à destination des seules personnes âgées de leur congrégation, des journées de formation et d’information aux questions de santé, d’alimentation, etc. Par contre, la prise en charge des personnes en perte d’autonomie ou en situation de dépendance n’est pas assurée et restent gérées par les services sociaux du Pays et de la CPS.

L’hébergement collectif

Le secteur privé propose plusieurs types d’établissements d’hébergement collectif pour personnes âgées. Ce sont des maisons d’accueil et des unités de vie (4 à 9 personnes) proposant des services et prestations variables : hébergement, transport, repas, massages, garde de malade et loisirs.

Certains établissements peuvent être dotés d’un personnel qualifié et de compétence en  matière sociale et médico-sociale : infirmiers, aides soignants, auxiliaires ou assistants de vie, etc.

Le nombre exact de ces structures, leur capacité d’accueil et le nombre de personnes accueillies ne sont pas identifiés ou recensés aujourd’hui.

L’hébergement collectif proposé par les associations reste marginal. Les associations qui proposent des hébergements sont rares. Aujourd’hui, seule la fédération du « Si ni tong » créée par la communauté chinoise, a mis en place un centre d’accueil (foyer) pour les personnes âgées lorsqu’elles n’ont plus d’entourage familial.

Conclusions et recommandations

Le CESC proclame son attachement aux principes et aux valeurs traditionnelles et familiales qui définissent et constituent le fondement de la société polynésienne (respect, amour, solidarité, dignité, etc.). A ce titre, il affirme que les personnes âgées doivent tenir une place essentielle dans la famille et jouer un rôle constant dans le corps social. Elles ne doivent pas être uniquement perçues comme une charge pour la collectivité.

Le CESC a constaté tout au long des auditions des nombreux acteurs qui œuvrent en faveur des personnes âgées, qu'il existait un très fort engagement dans l'action au bénéfice de ces dernières.

Cependant, le CESC a aussi constaté que les actions étaient dispersées, empiriques, et mériteraient une véritable coordination et organisation.

Dans ses recommandations, le CESC préconise notamment :

- de lancer une étude approfondie sur l’état de santé, les conditions de vie et les besoins des personnes âgées et des familles en Polynésie française (Ex: Etude de type Handicap-Incapacité-Dépendance (HID)),

- de soutenir en priorité la politique de renforcement de la cohésion familiale et de maintien des personnes âgées à domicile ; le rôle des familles doit être soutenu et reconnu,

- de développer les politiques de prévention et de dépistage des divers types de pathologies pouvant affecter les personnes âgées : dépressions, démences, ostéoporoses, hypertensions (etc.),

- de réactiver l’observatoire de la santé,

- de reconnaître le statut de l’aidant naturel,

- de favoriser l’accès au logement social,

- de construire une vision consolidée de l’ensemble des dispositifs existants et des dépenses à destination des personnes âgées pour mieux cerner l’effort à consentir par la collectivité, et déterminer les modes de financements adaptés,

- de mettre en œuvre une politique tenant compte de l’ensemble des recommandations du CESC et permettant à tous les acteurs concernés d'avoir des actions convergentes au bénéfice des personnes âgées.

Dans ce cadre, la définition d’une politique en faveur des personnes âgées implique inévitablement la consultation de tous les acteurs, y compris les personnes âgées, et la concertation entre tous les partenaires concernés.

Supplique des personnes âgées à la jeunesse

Monsieur John DOOM, au nom des personnes âgées, a proposé sous forme d’amendement, auquel il a associé les membres les plus âgés de l’institution, une citation en fin de conclusion portant supplique des personnes âgées à la jeunesse. Cette proposition a été adoptée sous la forme suivante :

« Te pi’ira’a a te rū’au, te ruhiruhia ‘e te tupuna i te u’i api»

« Teie au te rū’au tei rohi na ‘ia maita’i te orara’a. Nō te aroha ‘e te here, i tau’ahia mai ai teie tau nō te ruhiruhira’a. Tē mihimihi nei rā i tera rā tau ! ‘Aita vau e ‘ere nei i te maita’i o teie tau ‘āpī : te pere’o’o, te moni rū’au, te taote, te fare ma’i…Tē ‘ere nei rā vau i te mau faufa’a tumu i fa’ahitihia e te mau mero o te Fare Matutu Ti’a Rau e Mata U’i : te fa’atura, te here, te autaea’era’a, te tura o te ta’ata nei. ‘A ‘ofa mai ā nō te mau rū’au.  « E au mau tamari’i rā, ‘a here i tō ‘outou mau metua. ‘A tāvini ïa rātou mai ïa rātou i tāvini na ïa ‘outou, nā roto i te here ‘e te  ‘oa’oa.» Tē nā’ō rā te hō’ē tamari’i tei tatarahapa ē : « E māmā iti here ē, e māmā iti here ē ! ‘O ‘oe mau ānei tā’u e ‘ite nei ? ‘Auē e māmā  iti here ē !!! ‘O tei ‘ite ïa ‘oe rā, ‘ua ‘ite ïa i te Ra’i.»

« Supplique des personnes âgées à la jeunesse »

« Je suis la personne âgée, qui a œuvré toute sa vie. Par compassion et par amour, je suis parvenue à cet âge si avancé de la vieillesse. Ah!!! Je me languis de la vie du temps passé. Sur le plan matériel, je peux ne manquer de rien aujourd’hui : la voiture, l’allocation vieillesse, le médecin, l’hôpital…mais il me manque les valeurs fondamentales, mentionnées par les membres du CESC : respect, amour, solidarité, dignité. Préoccupez-vous de nous, les personnes âgées. »

« Mes petits enfants, aimez vos parents ! Servez-les comme ils vous ont servi avec amour et joie ! » Un enfant repenti disait : « Petite maman chérie, petite maman chérie! C’est bien toi que je vois ? Oh! Petite maman chérie !!! Celui qui te reconnaîtra, verra le ciel.»

Le rapport portant sur « Les personnes âgées en Polynésie française » a été adopté à l’unanimité des 27 membres présents.